L' élargissement de l' urètre au moyen du plan sus-urétral
Apport de mes observations à la chirurgie de l' urètre
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Mon expérience de la chirurgie de l' urètre rétréci s'est étendue sur près de trente ans. Appliquée sans aucune exception à tous les cas qui se sont présentés ( 219 patients étudiés ), la méthode exposée m'a donné l' occasion d' apporter des vues personnelles sur trois plans différents : celui des théories anatomo-chirurgicales, base des opérations de l' urètre, celui des principes directeurs des gestes opératoires et celui de la pratique quotidienne dans les pays sous-équipés. |
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LES PRINCIPES DIRECTEURS DES PLASTIES DE L' URETRE
1. Au point de vue de la réparation chirurgicale, la cicatrice du corps spongieux, l' orifice fistuleux, et le diverticule sont une seule et même lésion : une perte de paroi utile. Il faut donc rendre au canal la paroi qu'il a perdue, c'est à dire effectuer une plastie. 2. Dans la quasi-totalité des rétrécissements scléro-lnflammatolres l’urètre rétréci reste vascularisé, susceptible d’être incisé, étalé en une bandelette de surface suffisante pour la reconstruction. 3. L’urétrectomie segmentaire est un geste abusif, irréparable parce qu’il conduit à l’urétrorraphie circulaire sous tension ou une plastie avec suture circonférentielle dont la cicatrisation rétractile produit automatiquement une virole. 4. Les incisions et les cicatrices adhérentes de la peau pénienne peuvent être facilement évitées. 5. L’urétrolyse simple n’est justifiée que dans les étranglements urétraux d’origine externe. Lorsque la périurétrite provient d’une perforation nécrotique de l’urètre, la sténose du canal n’est justiciable que d’une plastie, même si l’orifice semble colmaté et le canal suffisamment perméable. 6. La lame sus-urétrale constitue un plan de remplacement valable pour la paroi de l’urètre ; ce plan fibreux s’épithélise rapidement. Il ne s’agit pas de néoformation d’une paroi contenant tous les éléments fibro-élasto-musculaires, ni même de la prolifération d’un épithélium complet. Le contrôle urétroscopique et la vérification à ciel ouvert montrent constamment un aspect lisse et brillant qui traduit la présence d’un film de cellules épithéhales. Cette nouvelle paroi ne montre aucune tendance aux synéchies. Tous les urologues savent que, après résection ou énucléation d’ un adénome, la loge prostatique s' épithélialise rapidement. La vitalité expansive de l’ épithélium urinaire est telle que les synéchies muqueuses sont exceptionnelles. Il en va de même pour la réépithélisation du patch d’ albuginée du corps caverneux qui est utilisé pour la reconstruction de l’ urètre selon ma technique. La différence de comportement est due uniquement au fait que le tube urétral est appliqué à lui-même tout le temps, hormis pendant la petite centaine de secondes des temps mictionnels quotidiens. Les petites synéchies muqueuses superficielles qui pourraient se développer doivent être rompues au moyen d’un béniqué passé doucement à deux ou trois reprises pendant les trois semaines post-opératoires. Endéans ce délai, le tube se rétablit de lui-même, parfaitement lisse, comme on peut le vérifier à l’ urétroscopie de contrôle.
7. Le plan fibreux sus-urétral constitue un plan solide d’amarrage capable d’empêcher la rétraction tubulaire de l’urètre incisé longitudinalement. 8. La nouvelle paroi en albuginée caverneuse possède les mêmes caractéristiques élastiques que les deux grands corps érectiles ; l’adaptation de l’urètre à la fonction sexuelle est ainsi sauvegardée dans la mesure du possible. 9. Dans nos 42 cas les plus graves, rétrécissements totaux péno-scroto-bulbo-membraneux (15 cas) et périnées en arrosoir (12cas), nous avons obtenu finalement 71,4 % de bons résultats, 21,4 % de résultats assez bons et 7,1 % d’échecs. Dans ces conditions cliniques où les plasties de peau eussent été très difficiles ou impossibles, ces résultats nous paraissent traduire la valeur de l’utilisation plastique de la lame sus-urétrale. |
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LA PRATIQUE QUOTIDIENNE EN MILIEU SOUS-EQUIPE
Notre expérience a été conduite volontairement dans des conditions semblables à celles que l’on peut trouver dans n’importe quel service chirurgical de brousse africaine moyennement équipé. Les résultats sont donc valables pour la réalité quotidienne en dehors des grands centres. Pour les 93 cas de rétrécissements non compliqués, cas qui devraient pouvoir être traités sur place sans être acheminés vers les lointains centres universitaires, nous avons obtenu 82,7 % de bons résultats et 15 % de résultats assez bons ne demandant aucun bougirage d’entretien, avec 5,3 % d’échecs à la première opération. Il faut noter que le taux de guérison est de 100 % pour les rétrécissements de siège habituel scroto-bulbaire. Ces chiffres nous paraissent supérieurs à ceux de toute autre technique applicable en brousse. Au point de vue de l’organisation du service d' urologie chirurgicale, les séances de béniqués ont complètement disparu. Sur le plan de l’enseignement de la chirurgie, un minimum d’entraînement pratique est toutefois indispensable. Sur le plan purement technique, l' amélioration des matériels de suture et de sondage permet l' espoir d' obtenir une suture parfaitement étanche, stable d'emblée et ainsi d’abandonner les sondes servant de tuteur ou même d’aborder enfin à la chirurgie sans sonde. A l' inverse, l' évolution actuelle de la pratique chirurgicale vers toujours plus de rapidité opératoire, toujours plus de rendement financier, toujours moins de contrôle en milieu hospitalier est très défavorable pour cette chirurgie qui exige une surveillance attentive et quelques gestes d' appoint pendant les trois semaines suivant l' opération. Enfin, si le chirurgien peut réparer un urètre, il ne peut modifier les désirs et les émotions de l' individu, ni l' empêcher de s' exposer à nouveau à des conditions génératrices de sténoses urétrales.
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Principes Directeurs des plasties de l' urètre