LE POUVOIR MEDICAL
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Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, surtout depuis le malaise des sociétés civiles occidentales autour de 1968, le pouvoir médical a notablement évolué. Dans le monde occidental on observe : · Perte du respect des autorités établies · Explosion de la connaissance ( livres de vulgarisation, medias, internet ) · Le patient malade devient un client consommateur de soins · Judiciarisation et effacement de la figure emblématique du médecin · Le manager défie le pouvoir du médecin ( D' après Patrick Pietroni, BMJ 2003;326: 14 June )
Le British Medical Journal a consacré ce numéro entier à cette réflexion essentielle. L' accent est mis sur la nécessité de donner la parole au patient dans la description de ses symptômes et sur les traitements proposés. Au premier rang des patients figurent les médecins malades, sans doute les plus aptes à décrire des symptomes par leur connaissance des termes techniques et de la pathologie. Personnellement j' adhère entièrement à ces idées. J' ajoute que le sexe et l' âge du médecin jouent un rôle traditionnellement occulté par la suprématie de la connaissance. Le pouvoir réel est, par la force des choses, entre les mains des quinquagénaires et des jeunes sexagénaires, en grande majorité des hommes. Il me semble évident qu'un homme quinquagénaire ne peut comprendre, en fait surtout ressentir, la demande d' aide d' un jeune enfant, d' une femme ou d' un vieillard. C'est en fonction de mon expérience personnelle que j' ai publié au 3 ième Congrès de Men's Health à Vienne un poster sur le sujet des adénomectomies prostatiques .
En France, la mutation du pouvoir médical a pris un tour particulier à partir de mai 68. Jusqu'alors quelques grands patrons jouissaient d' une réputation internationale : ils opéraient les rois et les présidents, ils plaçaient leurs élèves dans les postes prestigieux des meilleures universités et contrôlaient les initiatives de la recherche clinique. Ils avaient une culture scientifique et artistique éblouissante. Ils pouvaient s'attribuer des honoraires princiers mais défendaient le malade, le pauvre, la tradition médicale et la novation. Ils étaient faillibles, humains. Ils pouvaient reconnaître leurs erreurs et les réparer. Mai 68 a balayé ce système multiséculaire. Dorénavant le pouvoir médical n' appartient plus à des personnes, du moins officiellement, mais à des assemblées baptisées "Conférences de consensus " . C' est le pouvoir le plus absolu, le plus implacable, le plus aveugle : celui du suffrage universel, des appétits masqués, de la réduction au plus petit commun dénominateur ; c'est en fait celui des fonctionnaires. Cerné par le patient mieux informé, par le juge et par les managers financiers, le pouvoir médical est nu. Le plus dramatique c'est l' impuissance à se réformer soi-même : les fonctionnaires ne s' autoréforment jamais. Le suffrage universel, par définition, ne peut pas avoir tort.
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